...au SaharaÖ
Líaérologie exceptionnelle du Maroc níest plus un secret pour
les lecteurs de Soupape, ni pour ceux de Vol à voile (n° 95
novembre-décembre 2000 et n°96 janvier-février 2001),
mais demande trois jours de route aller et autant pour le retour. Cette
année, pourquoi ne pas joindre líutile à líagréable
en faisant líaller-retour Chartres ñ Ouarzazate en vol à voile ?
Le trajet Chartres - Ouarzazate
Lundi 21 mai 2001
Ciel désespérément bleu, vent fort, thermiques purs foireux, on eût pu rêver mieux pour un " but fixé " de 2074 km ! Cíest en train que jíarrive depuis Paris, Richard vient aimablement me cueillir à la gare. Mon projet initial était de descendre par la route jusqu'à Ocaña (un des deux centres nationaux espagnols, 80 km au sud de Madrid) pour míaffranchir des aléas de la météo de mai de ce côté-ci des Pyrénées et de poursuivre en vol à voile jusquíà Ouarzazate via le sud de líEspagne et le nord du Maroc. Ma voiture étant immobilisée pour raisons mécaniques,) il ne me reste plus quíà partir en vol directement depuis Chartres... Heureusement la météo síannonce acceptable à défaut díêtre fumanteÖ
Le plus dur reste à faire : faire tenir les bagages dans le planeur ! Car jíavais prévu díen confier une partie à Ocaña à Patrick qui continuait par la route, mais maintenant il faut que je me débrouille pour caser de quoi subsister pendant 3 ou 4 semaines : linge et nécessaire de toilette, sac de couchage, provisions de Grany et díIsostar, gourde, quelques bouteilles díeau, cartes aéronautiques et fiches VAC, appareil photo, téléphone, ordinateur, nécessaire díamarrage, 3 bidons díhuile, pompe de remplissage essence et housses Jaxida complètes... il níy a plus beaucoup díespace vide dans líASH 26 quand jíarrive enfin à fermer la verrière ! La position de pilotage est un peu déroutante au début, étant avancé au maximum, et je ne peux pratiquement plus bouger, mais le confort reste acceptable, níayant sacrifié ni le dossier de siège ni le coussin... et aucune commande de vol ne semble bloquée !
14 h - Cíest enfin parti... ! Je fais péniblement 750 m (je suis calé au QNH pour ne pas me faire peur, donc à peine 600 m sol...). Les pompes sont hachées par 35 km/h de vent de nord-est, rester en vol local serait difficile, heureusement Eole souffle plutôt dans la bonne direction et sur la point des pieds je mets donc le cap vent arrière.. après une paire de points bas à 200 m sol travers Vendôme, le vol se poursuit sans histoire entre 500 et 1000 m QNH et des varios entre 0.5 et 2 m/s. Je passe la Loire entre Angers et Saumur ; cíest beaucoup trop à líouest, mais sur 2000 km je ne suis pas à un petit détour près et je préfère rester dans líaxe du vent pour profiter díéventuels alignements de thermiques. Et puis, qui sait, vu le vent de NE peut-être y aura-t-il en Vendée un front de brise de mer avec une confluence díenfer?
A condition díy arriver... me voici aux Herbiers, après Cholet, retombé à 500 m et chutant à - 4 m/s au vario : ça doit pomper quelque part ! Je survole déjà de superbes voiliers (en construction), est-ce un signe ? Je percute un 3.5 m/s qui me monte jusqu'à 1500 m... mais pas de confluence à proprement parler, cíest toujours du thermique pur et du vent de nord-est, plus faible cependant. Je veux en avoir le cúur net et poursuis vers la côte, sans grand succès, malgré quelques tours dans du positif... jíarrive sur la plage de la Tranche-sur-mer, 400 m, 18 h passées, et toujours rien... si ce níest un terrain dont je me rapproche pour retarder le moment ou il faudra ouvrir le sac à dos. A 300 m, un petit 0.5 m/s me permet de remonter à 500, puis un autre, mais le vent me pousse vers la mer et le bilan est quasi nul. Je longe maintenant la côte vers líest à 400 m, tiens, ça chemine dans du zéro + ... une pointe à 2 m/s, ça mérite quíon síy arrête ! Dix minutes plus tard, je suis à 1150 m, dans une large plage ascendante presque laminaire... et jíai dérivé à 5 km en mer, à mi-chemin entre líIle de Ré et le continent ! Dommage quíil níy ait pas de terrain sur líIle de Ré, sinon jíaurais été y faire un tour.
Je suis en local de La Rochelle, qui doit être un point de départ excellent en voile, mais sans doute pas en vol à voile ! Je préfère donc longer la côte dans líespoir de retrouver le même phénomène, mais ça ne marche plus, et à 200 m, en local de beaux champs il est temps de sortir le moteur, qui redémarre au quart de tour, comme toujours. Je poursuis en palier le temps de le faire chauffer, puis un petit quart díheure plein gaz, pour couper à 2400 m... Au loin, au sud de Rochefort, jíaperçoit les premiers cumulus de la journée ; le plafond est vers 1800 m mais il est 19h30 et les pompes sont décevantes ; je retrouve cependant de quoi rejoindre le terrain de vol à voile de Pons où je me pose à 20 h, non sans prendre le temps díadmirer le Donjon et surtout de repérer les accès du terrain à la ville... Les hangars sont clos, mais le gardien fort sypathiquement me conduit en ville où je trouve de quoi me restaurer, me reposer, et me connecter à internet pour étudier la météo du lendemain : en Espagne la situation est toujours orageuse mais semble devoir síévacuer par líest les jours suivants ; ça devrait passer !
Le Jbel Bou Iblane (3190 m) au nord-est du Moyen-Atlas
Mardi 22 mai
Ca síannonce bien, à 13 h les premières barbules parsèmment le ciel de Pons, se transformant bientôt en petits cumulus. Décollage à 13 h 45, " largage " un peu optimiste à 400 m, et raccrochage laborieux à 200m... Le plafond est à 1200 m, mais il me faut bientôt baisser la tête pour rester en-dessous de la TMA de Bordeaux, vers Libourne puis Cadillac. Il est 15h30, ça commence à bourgeonner, jíaperçois maintenant des enclumes inquiétantes et devant, sur les Landes, cíest tout noir. Sur la fréquence de Saucats jíentends les planeurs qui se reposent juste avant líorage... Que faire ? Contourner par líest ? Jíaurais à Nogaro une escale de choix et peut-être une place dans un hangar, mais jíaurais aimé être en Espagne dès ce soir ; de plus après une situation díest líentrée maritime menace, demain ce sera des stratocus et le passage des Pyrénées risque díêtre difficile. Alors quíà líouest, si je peux passer, il y aura peut-être à nouveau du soleil et un cheminement en front díorage ! Je fais 1600 m pour le plaisir dans un 3 à 4 m/s, mais peu après il me faut redescendre à 1000 m aux aérofreins pour rester en vue du sol et voir un peu comment ça se présente devant. Au sud-ouest il semble y avoir un passage entre deux rideaux de pluie et cela semble clair derrière. Mais je níai pas líintention de tenter un redémarrage trop bas sous líorage sans rien que des pins au-dessous... aussi remets-je le moteur sans attendre, poursuivant en palier à 130/140 km/h pendant 30 km, sous une pluie modérée. Entre St-Symphorien et Le Muret, ça se dégage et je peux poursuivre en montée. Malheureusement líéclaircie espérée níest pas là : au-dessus de moi, líenclume se prolonge vers líest par un voile opaque ; dessous, tout le long de la côte, les stratus ont déjà envahi la terre sur une dizaine de kilomètres.
Un peu de calme après líorage ! A travers les boules Quiès je níentends plus que le moteur rotatif ronronner harmonieusement, tout est gris, líair est maintenant parfaitement calme, tout ceci donne une sensation quelque peu irréelle... Je coupe à 3200 m, pour plus de 100 km de vol plané. A St-Jean Pied de Port, il y a enfin un peu de soleil et à nouveau des barbules, mais les sommets sont accrochés. Jíy arrive à 750 m peu après 17 h, il me faudra une demi-heure pour remonter en grattant les premières pentes mètre après mètre en compagnie de vautours ; Le plafond est à 1350 m, le col de Roncevaux 5 km devant est à 1057 m... avec la particularité que côté sud, le sol ne redescend quasiment pas, cíest un plateau à quelque 900 m díaltitude ! Heureusement je sais quí il y a de beaux champs autour de Burguete. Je míavance sur la pointe des pieds, ça ne chute pas trop... je me jette au sud du village sur la pente où je raccroche à 1100 m (200 m sol ñ il était temps !).
Mauvaise nouvelle, le plafond du côté espagnol est à peine plus haut que du côté français, à 1500 m ! Les orages ont dû tout laver ici aussi, le soleil perce timidement et la convection repart doucement mais cíest encore très nébuleux de tous côtés. En bordure de nuage côté ouest jíarrive à 1650 m, un peu plus loin 1900 m travers est díAoiz, avec une léger vent de nord-ouest. Il est 18h30, le terrain de Soria-Numancia est encore à 150 km au sud-ouest, de líautre côté de la vallée de líEbre (un des obstacles aérologiques majeurs du parcours, que jíaimerais bien franchir dès ce soir pour assurer la traversée de líEspagne demain). Mais je suis sous le dernier cumulus, et toute la bordure du plateau de Castille semble prise dans les cunimbs. Même au moteur Soria serait difficile à atteindre, le seul déroutement est le terrain militaire díAblitas mais je ne connais pas son état. Un moment une illusion díoptique me fait croire que plus à líouest le ciel se dégage, en direction de Burgos ; mais bientôt ce que je prenais pour du ciel bleu, à mesure que jíavance, se révèle níêtre que du gris sombre masqué par de la brume ensoleillée.
Raccrochage en pente sur les éoliennes du Moncayo
Tout est bouché devant, je me décide à faire demi-tour
alors que je suis travers nord-ouest de Tafalla, à 1100 m : cap
vers Jaca, 85 km à líest. Les éoliennes du Monte Guerinda
semblent bien tourner : jíy arrive à 750 m et effectivement la pente
nord donne, mais sans plus. Je me maintiens juste au-dessus des crêtes,
dépassant un vélo sur la route qui déssert les éoliennes.
Si jíarrive à rejoindre la sierra de Leire, cíest dans la poche.
Mais la pente síincurve au nord vers la sierra de Izco et ça ne
marche plus ; retour en arrière pour essayer de remonter un peu
plus haut dans une bulle, mais je plafonne à 1000 m, et le vélo
mía redoublé ! on ne va pas passer la nuit là, je passe sur
les pentes en direction du sud-est vers le Monte Pena, 10 km au sud de
Sangüesa, que jíatteins à 900 m : bien exposé au vent
nord dans líaxe de la vallée de Lumbier et Sangüesa, cíest
sans conteste la meilleure pompe du coin avec un bon mètre en dynamique,
au milieu díune cinquantaine de vautours. Au dessus du sommet (1050 m)
cíest plus mou, mais jíarrive à gratter jusqu'à 1400 m, ce
qui me permet de rejoindre plein nord face au vent líextrémité
est de la sierra de Leire 16 km, qui se montre fidèle à sa
réputation : 2 m/s en ligne droite jusquíau sommet que je passe
à 1500 m ; je níai plus quíà longer les crêtes jusqu'à
la sierra de Orba puis direct sur le terrain de Santa Cilia. A peine posé,
jíai líheureuse surprise de voir la voiture de piste à mes côtés
et un triple champion du monde en sortir! Cíest Jean-Marc Caillard, chef-pilote
de la plateforme, qui mía vu arriverÖ Peu après le planeur est rangé
dans le hangar, la chambre réservée chez Angel au village
et je partage la cena au restaurant de líaérodrome avec les pilotes
présents. Une étape vélivole comme Jaca et son accueil
de grande classe vaut bien le détour !
Au départ de Jaca encouragé par un triple champion
du monde
Mercredi 23 mai
11h15 : les cumulus sont déjà bien formés, je décolle sans attendre car il faudra passer la bordure du plateau de Castille avant que les orages ne míy bloquent ; le but est de rejoindre Grenade, 650 km plus au sud, aéroport douanier idéal à quelque 250 km du détroit de Gibraltar - Jerez étant un peu trop près de la mer, Malaga et Séville un peu trop fréquentés. Jíatteins les cumulus au km 10 au sud-ouest ; la sierra de Santo Domingo est bien pavée avec 3/8 à plus de 1600 m. Malheureusement les cumulus ne dépassent pas les derniers reliefs au km 40 : sur líEbre cíest le trou bleu habituel, avec un très léger vent de nord-ouest. A 700 m un thermique sous le vent de la Loma Negra me redonne un peu díespoir ; je remonte à 1100 m. Je reprends même un petit zéro à 600 m (300 m sol) juste au-dessus de líEbre. Mais les prochains cumulus sont encore à plus de 20 km au sud, à leur approche les pompes semblent avoir disparu ; le sol, lui, remonte ! Il me faut remettre en route 5 minutes pour les rejoindre. Je laisse à droite la Sierra del Moncayo dont le sommet (2313 m) est accroché et míavance prudemment en bordure du grain ; le plafond est à 2200 m soit seulement 1000 m sol. A partir de Molina les grains et les étalements laissent place à de beaux petits cumulus et le vol se poursuit facilement dans une zone encore familière par Cuenca, Ruidera et Beas de Segura, entre 1400 et 2800 m.
Cumulonimbus sur la Serrania de Cuenca
Maintenant commencent pour moi les terræ incognitæ velivolæ! A líouest, près de Jaen, le sommet de la sierra Màgina émerge díune brume sèche qui remonte de líouest, signe de stabilité dans la vallée du Guadalquivir. Je fais un bon 3000 m peu après Baza ; au sud et à líest le plafond síabaisse brutalement de près de 1000 m : cíest la confluence typique due à la brise de mer, contenue en une ligne brisée par les sierras díEstancias, Filabres et Sierra Nevada. Cette dernière est toute encapuchonnée, je longe sa face nord-ouest sous des étalements sans apercevoir le sommet.
Il níest que 19h : je poursuis un peu sur la sierra díAlmajira, repérant au passage le terrain de Jayena perdu sur le flanc de la sierra, avant de retourner vers le point díentrée Sierra (au sud-ouest du terrain de Granada). Je me pose à 20h, cette fois cíest le véhicule " Siguame " (follow me) qui vient à ma rencontre aussitôt la piste dégagée et me guide vers le parking planeur (cíest-à-dire dans líherbe, le dur semblant réservé aux avions) .. Le terrain fermant à 20h30, jíattendrai demain pour poser le plan de vol vers Fès, avec Tétouan et Tanger comme déroutements. Seulement 350 km au programme, mais près de 500 avec le détour par Gibraltar...
Líenclave espagnole de Ceuta
Les formalités - plan de vol, taxe díatterrissage et douane ñ une fois accomplies, je refais le plein par précaution. Le passage à la météo ne míest pas díun grand secours : on me prédit une journée sans cumulus, puisquíil níy en a pas sur la TEMSI, alors que dehors depuis tôt le matin ils fleurissent sur les sommets tout autour. Je décolle peu avant 13h, sortie S, le plafond est à plus de 2000 m. Le contrôleur me transfère sur líapproche de Malaga qui me balade de fréquence en fréquence avant de revenir sur la première... Je suis autorisé à transiter par Antequera et Ronda, au niveau 65 (!). Níayant pas de transpondeur, je dois donner fréquemment ma position par rapport au VOR de Martin (MAR), au nord-ouest de Malaga, qui conduit les avions IFR vers la finale piste 13. Je níai plus quíà repérer les coordonnées du VOR en question sur ma carte et les rentrer sur le LX 5000, et le GPS fera le reste... Mais difficile de concilier trafic radio, suivi díune route et díun niveau, cheminement sous les cumulus et centrage des ascendances. Jíaurais dû passer un peu plus au nord et contourner la CTR de Malaga... Díautant que le contrôleur míannonce que cíest la dernière fois quíil míautorise le transit sans transpondeur ! Líaxe ILS correspond logiquement à une brèche entre deux sierras côtières, où síengouffre líair marin : à son approche je me retrouve à 1300 m dans le bleu ; les cumulus suivants ne sont que vers Ronda, 30 km plus loin. Je ne me vois pas abuser de la patience du contrôleur en spiralant une demi-heure dans un zéro en plein sur líaxe ! Je remets donc le moteur 10 minutes pour quitter la zone au plus vite... 50 km après, à 2700 m, cíest définitivement cette fois la fin des cumulus espagnols : le rocher de Gibraltar se détache au loin de la brume marine, la pointe sud de líEspagne, à Tarifa, est à 75 km devant, et les terrains de Tétouan et Tanger à 120 km... Ca risque díêtre un peu juste ! Díautant plus quíil faut contourner une zone interdite qui entoure Gibraltar ce qui fait passer bien à líouest díAlgeciras. Mais rien ne presse, il suffira de remettre le moteur juste avant de traverser le détroit.
Je franchis la dernière colline avant Tarifa, admirant à
ma gauche la baie díAlgeciras et de Gibraltar et à ma droite les
superbes plages blanches de la Côte de Lumière ; je suis encore
à 1000 m díaltitude. Soudain, un coup de - 4 m/s, suivi díune plage
de zéro bien calme,... il y a à peine 15 km/h de vent de
nord-est, mais sait-on jamais... je me décale un peu et trouve bientôt
une ascendance inespérée de 1 à 1.5 m/s ; ondulette,
confluence, phénomène lié à la proximité
du détroit et de ses vents changeants, je ne sais pas, mais ça
ne fait rien, ça monte ! 20 minutes plus tard je suis à 2000
m, cette fois largement en local de Tétouan, 60 km devant, et en
finesse 10 de la côte marocaine...
Passage en onde avant de traverser le détroit vers líEspagne
Adieu líEurope, cap vers líAfrique ! Les ferrys dessous semblent minuscules...
Arrivé sur le Jbel el Haouz (838 m) qui borde la côte méditérannéenne
du Maroc au nord de Tetouan, un fort vent díest permet de me maintenir
au niveau de la crête, mais les quelques bulles sont inexploitables.
Traversée de la vallée de Tetouan pour raccrocher à
650 m sur des écopes bien exposées à la brise. Je
remonte à 1400 m mais dois contourner par líest le Jbel Kelti (1928
m) : sur ces reliefs plus haut le vent díest faiblit ; il va falloir síengager
dans líintérieur du Rif par la vallée du Laou en direction
de Chefchaouen pour poursuivre en thermique pur. Une falaise verrouille
la vallée, vers 1000 m : en pente nord-est la brise semble trop
faible pour donner une ascendance exploitable, je continue vers le lac
díAli Thelat... et perds soudain 300 m dans du -10 m/s intégré
! Une version locale de la Savoyarde sans doute... Je me trouve un peu
bas pour tenter le raccrochage sur la pente díen-face, car si le moteur
ne veut pas démarrer il níy a que de vagues champs au bout du lac,
sans compter un dépannage épique ! Pour corser le tout ça
turbule dans tous les sens... Je remets donc en route sans attendre...
10 minutes après, à 2200 m, je peux me remettre de mes émotions,
en local du versant sud du Rif. Le plafond des thermiques redescend avec
le sol, pour finir à 1300 m (le terrain de Fès est à
579 m). Après un point bas après le lac díOurtzarh, jíapproche
de Fès, cachée au sud du Jbel Zalarh : à mesure que
je monte dans la dernière pompe, je finis par apercevoir la célèbre
cité impériale qui se dévoile lentementÖ
L'ASH 26 E "DF" en escale à Fès-Saïss
Je me pose à Fès-Saïss à 19h10 (17h10 en TU,
heure locale) mais les épreuves du jour ne sont pas tout-à-fait
terminées : le contrôleur me demande de me mettre sur le parking
n°1 ; jíai beaucoup de mal à me diriger précisément
à cause du vent, et je dois tirer à fond sur la poignée
díAF pour avoir un tout petit peu de frein, car une partie du liquide hydraulique
a fuiÖ je míarrête pile sur la ligne jauneÖ mais je ne dois pas être
là où il faut, et cíest reparti pour un tour de parking au
ralenti, guidé par le contrôleur, par une température
díau moins 40°C sous la cocotte-minute de la verrière ... tout
ça pour revenir exactement au même endroit mais à 90°
de líaxe initial ! Si jíavais su jíaurais tourné le planeur à
la main ! De plus mon plan de vol níest pas encore parvenu, jíaurais dû
le poser 24 h à líavance pour quíil vaille autorisation díentrée
au Maroc... Mais le lendemain tout sera arrangé ; le plan de vol
est arrivé entre-temps díEspagne et le contrôleur, usant de
toute son influence, a obtenu des autorités quíon me laisse repartir
vers Ouarzazate !
Le Sahara vers Boudnib
Vendredi 25 mai
Cíest la dernière ligne droite, si tout va bien (390 km à vol díoiseau). Mon plan de vol prévoit de rejoindre le côté sud de líAtlas au plus vite par Sefrou et Boulemane, le cheminement VFR vers Er Rachidia. Décollage à 11h40 TU, aucun cumulus en vue, avec un vent assez fort díest-nord-est et des thermiques capricieux. Je fais péniblement 1700 m en bout de piste, mais devant le sol monte progressivement à plus de 1500 m. Je gratte donc tout ce que je trouve pour monter avec lui ; une heure après je níai progressé que de 30 km mais je suis à 3100 m, cíest gagné ! Arrivé à Boulemane, quelques barbules míincitent à aller reconnaître le Jbel Bou Iblane, le dernier sommet du Moyen Atlas au nord-est (3172 m). Ce níest pas vraiment le chemin, cíest même pile à líopposé de Ouarzazate, mais profitons de líoccasion, on níest pas à 100 km près. Jíhésite à poursuivre vers líAdrar Bou Nasseur, mais il faut quand même assurer la liaison avec le Haut Atlas et líarrivée : ce sera une autre fois. Vers le col du Zad je vise de magnifiques cumulus qui ne donnent que de la dégueulante ; je finis par remonter à 4300 m, et mets le cap plein sud pour une transition de 60 km vers le Jbel Masker (3277 m, à líouest du J. Ayachi) où ça repart en pente à 2500 m. Je me retrouve en terrain connu - plus que 200 km - la route est toute tracée : il níy a quíà suivre la confluence, curieusement excellente du côté nord-ouest comme ce sera souvent la cas cette année, avec 5200 m de plafond, et 1h30 plus tard me voilà arrivé ! Je me pose à 18 h et retrouve avec plaisir les autres pilotes qui, après un début de séjour en demi-teinte, commencent à apprécier pleinement les conditions marocaines !
Départ matinal sur le Haut-Atlas
1000 km tous les jours...
Que dire, justement, des conditions rencontrées à Ouarzazate
cette année ? Je pensais lían dernier que la météo
fumante des dernières journées étaient la règle
les mois de juin et díété. Je me trompais... cíest encore
meilleur ! Sur 10 vols cette année, mis à part un 750 km
en 6h pour cause de décollage tardif, jíai fait 9 vols de plus de
1000 km (dont 5 en 5 jours consécutifs) et près de 11 000
km :
· un triangle FAI de 1250,2 km comme prévu à 140,9
km/h le 6 juin, un autre de 1001,4 km le 1er juin avec François
Ragot
· un aller-retour prévu de 1000,4 km le 3 juin vers Tendrara
à 119,3 km/h,
· deux distances libres de 1251,2 km le 27 mai et 1321,8 km
le 5 juin (à 3 points de virages prédéclarés),
et díautres non prévues de 1149, 1040, 1126 et 1045 km.
Le DG 800 díYvon Laignel sur líIghil MíGoun (4071 m)
Yvon Laignel a réussi ses 1000 km (le 26 mai), et Robert Prat, François Ragot, Armin Sturzenegger et Siegfried Beilharz ont tous tournés des circuits de 1000 à 1150 bornes plusieurs fois eux aussi. Seul le choix des points de virage, comme partout, peut síavérer délicat, mais la météo, à défaut de prévision, est assez " prédictible " (chaque jour est comme la veille, en mieux, jusqu'à ce que ça tourne à líorage !). Et tout laisse à croire que cíest comme ça tous les jours jusqu'à fin août...
Le Haut-Atlas au départ de Ouarzazate
Le retour
Les meilleures choses ayant une fin, le dimanche 10 juin il me faut remettre le cap au nord. Plan de vol vers Grenade (750 km en ligne droite, 906 km avec les détours...). Départ à 10 h 15 en thermiques purs, quelques nuelles sur líAtlas jusqu'à líAyachi, plafond 4500 m, avant díobliquer au nord puis au nord-ouest au travers du Jbel Bou Iblane. Sur tout le nord-ouest du Moyen-Atlas un front froid est passé : je repasse sous 3/8 de cumulus à moins de 2000 m de plafond, alors quíune couche díAltoCu díune centaine de kilomètres de largeur barre le ciel.
Traversée du front au lac díOurtzarh, vers Tanger
Sous le voile le plafond níest bientôt plus que de 1100 m vers le lac díOurtzarh, ça rame un peu face à un vent de 30 km/h ; heureusement le soleil níest plus très loin. Une tentative de remonter une vallée vers líintérieur du Rif (qui est accroché) se solde par un point bas à 700 m en limite du local des derniers champs. Il me faut contourner les montagnes par líouest, vers Ouazzane, avec un plafond qui continue de baisser à líapproche de la mer ; à 16h30, à 20 km de Tanger il níy a plus que 800 m et du 0,5 m/s en pointe ; le vent ayant faibli même les pentes ne donnent plus...
En onde au-dessus de Tétouan
Mais jíai repéré au nord de Tétouan un nuage un peu trop gros pour être un cumulus, surtout là où il est placé, verticale la côte... il doit bien y avoir un peu díonde à líest du Jbel el Haouz... passé le Jbel Tsetouira, une colline insignifiante de 665 m, je trouve déjà un petit ressaut qui me monte à 1800 m ! Je passe aisément au-dessus de la crête du Haouz pour retrouver un bon 2 m/s dans le premier ressaut avec un vent díouest-nord-ouest de 30 à 40 km/h (le rotor que jíavais repéré est plus loin, sans doute dans le deuxième ressaut). Je gratte jusqu'à 4700 m, pour atteindre directement les derniers cumulus du soir au nord díEstepona, 105 km devant, en évitant cette fois Gibraltar par líest. Ceux-ci ne donnant rien (il est déjà 18h30 TU, 20h30 locales), je poursuis par les pentes, et cíest à nouveau une divine surprise : il y a à nouveau un petit vent de nord-ouest, et une belle série de falaises bien exposées tout le long de ma route, de la Torrecilla jusqu'à la Sierra Gorda, qui me permettent de cheminer au ras des crêtes avec quelques " huit " de temps à autre, et díarriver enfin en local de Granada où je me pose au coucher du soleil, à 21h30 locales (ce qui me donnera droit à la taxe díatterissage spéciale " atterissage après la fermeture " !)...
Le lendemain 11 juin je rejoins Jaca (650 km) en 7 h 30 avec des cumulus de 2000 à 3000 m puis en thermique pur plus au nord, dès Molina. La vallée de líEbre, plus docile dans ce sens là malgré le plafond relativement bas au Moncayo (2400 m), se laisse enfin dompter... Mardi 12, jíescalade les Pyrénées jusqu'à 3000 m, alors quíun nouveau voile arrive, pour un long plané vers Bretagne díArmagnac puis du thermique pur entre 200 et 500 m sol en bordure des Landes... Le plafond remonte vers 1000 m, toujours sous un voile plus ou moins épais, et jíarrive ainsi à 18 h peu avant Angoulême où il me faudra, pour la seule fois de tout le trajet retour, remettre 2 minutes de moteur juste avant de retrouver de meilleures conditions (1500 m) jusqu'à Couhé-Vérac. Mercredi 13 juin, enfin, le retour à Chartres est presque une formalité (263 km, 3 h) malgré un temps qui tourne assez vite à líorage...
En conclusion de ce périple en vol (qui níest nullement une première, car beaucoup líont déjà fait, dans le cadre de la Route des Cigognes entre autres... et Siegfried Beilharz en était cette année à sa 7ème expédition à Ouarzazate depuis la Forêt Noire), jíai été surpris par la relative facilité de ces vols. Le motoplaneur est bien sûr indispensable, sauf à prévoir une logistique lourde (remorqueurs, dépannage) ; il permet díavancer les jours de météo incertaine (quand les planeurs díhabitude restent en local voire dans les hangars), de franchir quelques barrières aérologiques, sans toutefois que jíaie eu besoin de líutiliser outre mesure : pour le trajet aller 1h45 au moteur en 5 vols, décollage compris, et une remise en route par vol en moyenne, malgré une météo assez médiocre ; au retour seulement 27 minutes pour 4 vols, avec une seule remise en route en vol, par météo favorable sans plus.
Le planeur motorisé síintègre comme un avion léger dans les trafics díaérodromes et les formalités douanières se passent mieux que par la route... Avec un peu díexpérience des terrains contrôlés et de la phraséologie en anglais, tout se passe bien ; il faut toutefois une documentation suffisante et un peu de préparation pour être prêt à choisir líoption qui se présente en fonction de la météo. Plus díune fois on síaperçoit que le passage en vol à voile est possible là où on pensait avoir à utiliser le moteur (pour la traversée de Gibraltar notamment !), et quand il faut y recourir, cíest pour peu de temps car une fois le passage difficile franchi, on retrouve des conditions où le vol à voile est possible... Bien sûr il se trouvera des puristes pour objecter que ce níest pas du " vrai " vol à voile, puisquíon a un moteur en cas de besoin, même quand on ne síen sert pas... mais quel planeur " pur " permet un vol à voile aussi passionnant ? Alors si vous en avez líoccasion, níhésitez plus, tentez líaventure vous aussi !
Denis Flament, juin 2001